Recyclage avec Federec

Interview de Jean Philippe Carpentier, Président de la FEDEREC : « le secteur du recyclage investit 465 millions d'euros par an dont 56% dans les machines »

Jean-Philippe CarpentierAprès une année 2015 un peu difficile, le morale des recycleurs est de nouveau au beau fixe. Une étude présentée en octobre dernier par la Fédération professionnelle des entreprises du recyclage (FEDEREC) note un « retour à une certaine confiance en l’avenir », grâce notamment à de forts investissements des entreprises (465 millions d’euros, principalement sur les machines) ainsi qu’à une hausse des effectifs de 2,5 % par rapport à 2015. L'organisme a constaté que plus de 100 millions de tonnes de déchets ont été collectées – soit 2% de plus qu’en 2015 – en partie grâce à l’obligation du tri 5 flux pour les entreprises de recyclage. Cependant, si, l'année dernière les volumes de déchets collectés ont augmenté, les bas cours des matières premières affecte toujours le chiffre d'affaires de ces entreprises. Realease Capital revient avec Jean-Philippe Carpentier président de la FEDEREC sur la santé du marché du recyclage en France.

Realease Capital : Si les volumes de déchets collectés augmentent, le prix des matières premières baisse et le chiffre d'affaires du secteur du recyclage diminue en absence de développement de la demande. Comment faire pour inverser la tendance ?

Jean-Philippe Carpentier : Aujourd'hui, pour développer la demande, il faut donner un avantage concurrentiel aux entreprises ou au secteur qui privilégient l'utilisation de matières premières recyclées par rapport aux matières premières classiques. On sait qu'en utilisant de la matière première recyclée, on fait d’énormes économies d'émissions de C02*. On pourrait essayer de valoriser ce CO2 évité en donnant de l'argent sonnant et trébuchant aux entreprises qui acceptent de prendre de la matière recyclée. On pourrait également imposer, par voie de décrets ou de règlements, l'incorporation d'un pourcentage de matières recyclées dans des produits manufacturés Toutefois, ce dispositif devra se faire au cas par cas car on ne peut pas résonner de manière globale sur tous les produits. De plus, à partir du moment où un produit incorpore de la matière recyclée avec un pourcentage à définir, on pourrait faire en sorte qu'il bénéficie d'une TVA réduite dans son prix de vente pour être plus incitatif.

Realease Capital : Les pouvoirs publics se montent-ils attentifs à vos propositions ?

Jean-Philippe Carpentier : Ces solutions ont été exposées aux pouvoirs publiques dans le cadre de la feuille de route sur l'économie circulaire lancée par le ministre de la transition écologique et solidaire, Nicolas Hulot. A chaque fois, lors des différentes consultations et ateliers auxquels nous participons, nous réitérons le même message. En 2017, c'est bien de collecter plus de déchets, c'est bien d'avoir des usines de recyclage qui peuvent traiter ces déchets et en faire des matières premières recyclées par contre c'est encore mieux d'avoir des vraies demandes de ces produits. A la sortie, si on n'a pas de demande, on aura du mal à continuer à avoir une industrie du recyclage qui est intéressante en matière de business model. Avec la Fédération nationale des activités de dépollution et de l'environnement (FNADE) , nous avons créé la Confédération des métiers de l'Environnement (CME) afin d' être plus audibles, plus compréhensibles vis à vis des pouvoirs publics. La CME a pour vocation de devenir l’amplificateur du message que l'on veut faire passer sur les dispositifs à adopter.

Recyclage des décharges

Realease Capital : Y a-t-il aussi des améliorations à apporter aux techniques de recyclage ?

Jean-Philippe Carpentier : L'innovation est en permanence présente chez les recycleurs et les fournisseurs d'équipements. Depuis plusieurs années, grâce au développement de logiciels performants, le tri optique s'est imposé. Les déchets sont analysés par des faisceaux lumineux dans le spectre visible (pour identifier les couleurs) ou infrarouge (pour détecter les matières) et séparés ensuite par un flux d'air. Des technologies déclinées selon les matériaux à trier. Mais la grande révolution du recyclage viendra du numérique. On va avoir des plateformes informatiques qui prendront vraiment le dessus dans la relation B to B. Demain, des machines à reconnaissance de forme vont arriver sur le marché et auront la capacité de faire la distinction entre une bouteille polyéthylène Terephtalate (PET) et une barquette PET.

Realease Capital : Les entreprises de recyclage doivent-elles investir dans des équipements plus innovants ?

Jean-Philippe Carpentier : En termes d'innovation, le secteur du recyclage investit 465 millions d'euros par an, 56% dans les machines, 21% dans les locaux, 12% dans les véhicules, 4% dans l’informatique. La difficulté de notre métier, c'est que parfois on achète du matériel qui vaut cher et qui, au bout de 4 ans, est déjà démodé parce-qu'une nouvelle génération d'équipements plus performants et plus intéressants est arrivée .

Realease Capital : Quelle sont les solutions existantes pour amortir ces équipements à forte obsolescence ?

Jean-Philippe Carpentier : A partir du moment où l'on est sur des produits innovants, on pourrait avoir le droit d'avoir un suramortissement qui permettrait d'amortir plus rapidement le matériel car on sait qu'il risque d'être obsolète beaucoup plus rapidement. On peut également se tourner vers la location évolutive (la société Realease Capital est spécialiste du financement d'équipements auprès des professionnels et partenaire national de la FEDEREC, NDLR) qui est avantageuse pour le secteur du recyclage où la croissance des entreprises les oblige à changer de matériel régulièrement. Cette solution donne la possibilité de renouveler, au moment opportun, tout ou partie du matériel. Devenir propriétaire, en fin de contrat, d'un matériel à forte obsolescence, c'est supporter un coût de maintenance disproportionné par rapport à la valeur du matériel. De plus, cette solution est adaptée aux PME.

*Le recyclage des déchets en France permet d'éviter l'équivalent de 5% des émissions nationales annuelles de CO2 et d'économiser l'énergie représentant la production d'environ 18 réacteurs nucléaires, selon une étude publiée par l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (ADEME) et de la FEDEREC.

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