Myriam El Khomri

Loi El Khomri: guide de survie numérique pour les entreprises

Dématérialisation des fiches de paies, déconnexion numérique, digitalisation : la loi El Khomri fixe de nouveaux critères d'évolution numérique pour les entreprises. Comment amorcer sa digitalisation pour faire face aux nouveaux défis technologiques de l'entreprise inscrits dans la loi travail? 

Texte loi El Khomri

Fin des discussions autour du projet de loi El Khomri. Le 10 mai dernier,  Manuel Valls a finalement eu recours à l'article 49-3 pour faire passer le projet de loi. Un volet du texte aura toutefois été épargné par les débats houleux ayant conduit le gouvernement à ce passage en force : celui des articles relatifs à la digitalisation des entreprises. Mais que dit réellement la loi El Khomri concernant la numérisation du travail ?

Concrètement le texte l'aborde par le biais de trois thématiques : le droit à la déconnexion (article 25), le développement du télétravail (article 26) et la dématérialisation des bulletins de paie (article 24). Comment les entreprises vont-elles devoir s'adapter pour faire face à ces nouveaux nouveaux critères d'évolution numérique ?


Digitalisation des entreprises :
essentielle avant la loi El Khomri

Tout d'abord, la digitalisation n'a pas attendu les tiraillements de la Loi El Khomri pour représenter un enjeu majeur de la transformation des entreprises. Après avoir concerné uniquement les entreprises dont le numérique était le cœur de métier, cette dernière touche désormais toutes les activités. « Il n'existe pas un secteur ou un département qui ne soit  désormais impacté par la transformation numérique » analyse Franck La Pinta, spécialiste de la Transformation digitale des entreprises.

Un phénomène de propagation intimement lié à l'évolution des technologies et des matériels ainsi que le souligne David Fayon, administrateur des postes et des télécommunications et auteur de « Transformation digitale : 5 leviers pour l'entreprise » : « Avec la rapidité des changements induits par le Web 2.0, le boom des smartphones, le big data, le cloud et l’évolution accélérée des technologies, et demain, l’Internet des objets et les robots, la transformation digitale devient incontournable ». Le risque à rater la vague de la digitalisation selon le spécialiste : « les entreprises peuvent être ubérisées, lentement décliner voire disparaître. Le spécialiste rappelle l'exemple de Nokia, leader des téléphones portables, qui a manqué le tournant des smartphones avec l’arrivée de l’iPhone en 2007. « C’est un processus darwinien de sélection des espèces appliqué aux entreprises. »


Loi El khomri et digitalisation :
quelques mesures « de base »

C'est dans ce contexte de plus en plus numériquement compétitif qu'émerge la loi Travail. Mais concrètement, quelles obligations fixe la Loi El Khomri au sujet de la digitalisation ? Parmi les mesures « de base » : la dématérialisation des bulletins de paie. Une fois de plus, pas de nouveauté : la pratique de la dématérialisation, possible depuis 2009, peine toutefois à s'imposer en France. L'hexagone détient l'un des taux de digitalisation les plus bas d'Europe avec 15 % de bulletins dématérialisés contre 95 % en Allemagne, 73 % en Grande Bretagne, 57 % en Italie et 54 % en Belgique. L'article « dématérialisation » de la loi El Khomri vise donc à rattraper ce retard.

La digitalisation est un processus darwinien de sélection des espèces appliqué aux entreprises

 

Pour David Fayon, ce changement pourrait permettre « une optimisation des coûts tout en donnant une image de modernité » aux entreprises. De plus, pour les sociétés et les collaborateurs les moins numérisés, « la transition pourra également s’effectuer en douceur avec une cohabitation entre bulletins papier et dématérialisés ».


Source : Sur les fiches de paie simplifiées, la France est "très en retard"

Sur les fiches de paie simplifiées, la France est "très en retard" Une nouvelle obligation somme toute assez facile à mettre en œuvre sur le plan technique et dont Franck La Pinta doute des effets sur les processus globaux de digitalisation :

« le digital bouscule vraiment de façon transversale l'univers du travail, de l'entreprise et de l'emploi. Le prendre sous l'angle de la déconnexion de la fiche de paie, c'est un peu ponctuel. Je n'ai pas l'impression que ce soit un sujet prioritaire pour les entreprises et l'emploi ».


Loi El Khomri et droit à la déconnexion

Autre point plus ambitieux du texte de la Loi travail : le droit à la déconnexion des salariés. Plus difficile à mettre en œuvre, cette évolution du droit du travail reste pour le moins incontournable « La surcharge d’information et les sollicitations multiples qui peuvent en outre se télescoper rend nécessaire le droit à la déconnexion car elle est génératrice de stress pouvant aller jusqu’au burn out » rappelle David Fayon.

Usages des réseaux sociaux en entreprise

« Usages et impact du digital
et des réseaux sociaux dans l’entreprise
-Baromètre Cegos 2014 » © Cegos

 

Le droit à la déconnexion va ainsi obliger à adapter les usages mais aussi les équipements dans les entreprises «C'est peut être l’occasion de remettre à plat l’usage des matériels, comme par exemple le ByOD [Bring your Own Device, NDRL] et l’opportunité de passer d’une logique d’achat d’outils informatiques fonctionnels à la digitalisation des pratiques et des processus opérationnels » poursuit le spécialiste.

Le droit à la déconnexion va obliger à adapter les usages et les équipements dans les entreprises

 

De plus, la déconnexion numérique évoquée par la Loi El Khomri n'aborde la transformation digitale qu'à travers le prisme du point de vue des salariés. « Mais il existe d'autres problématiques, rappelle Franck La Pinta , comme les nouvelles formes de relations sociales à l'aune de ses nouveaux outils. Les sujets de droits et de devoir par rapport aux collaborateurs vis à vis du numérique, comment je me comporte avec ses outils dans l'entreprise et à l’extérieur de l'entreprise, etc. »

La déconnexion numérique, à l'intérieur ou en marge de la loi, s'avère donc un gros chantier en prévision. De ce fait, cet aspect de la loi travail n'entrera en vigueur qu'à partir du 31 décembre 2017 pour laisser le temps nécessaire à la négociation d'entreprise de mettre en place ces règles précises. D'après David Fayon, « cet aspect sera plus facile pour les grosses structures que dans les start-up ou TPE. »  Le spécialiste s'interroge toutefois sur l'application concrète de la loi. « Sans sanction, il s'agit d'’un cadre qui est fixé. Je pense qu’il faudrait aller plus loin avec la géolocalisation et l’horodatage car nous avons deux autres droits qui ne sont pas évoqués : le droit à l’oubli et le droit au silence des puces ».


Un matériel à la pointe :
allié indispensables des usages nouveaux

Qu'il s'agisse des aspects évoqués dans la Loi El Khomri ou de ses ramifications plus complexes, le matériel et ses fonctionnalités risquent donc de jouer un aspect toujours plus décisif dans la digitalisation des entreprises. Selon les spécialistes, la technologie permet ainsi des usages nouveaux tant pour le personnel que pour les clients et tout l’écosystème qui gravite autour de l’entreprise ou de l’organisation (fournisseurs, partenaires, etc). «

Didier Krainc, Directeur Général d'IDC France, vous présente sa vision sur la transformation numérique des entreprises Françaises pour l'année 2016.  Dans ce cadre, l’équipement - PC, smartphone, tablette, objets connecté - joue un rôle moteur avec les logiciels et les App qui vont avec. L’équipement est un moyen et non une fin mais il doit être au service du personnel de l’entreprise et lui permettre de travailler dans de bonnes conditions où que le salarié se trouve » détaille David Fayon. Pour ce dernier : « Les notions de temps, d’action et de lieu sont facilités par les équipements à la pointe. » L’entreprise de demain et ses nouvelles règles nécessitera ainsi de changer les usages. Et de disposer de matériel adapté et compétitif. Comment faire face à ces deux enjeux ? David Fayon donne quelques pistes sur le plan des RH :

« il est important de mener des expériences sur des plateaux projets avec des personnes issues de cultures différentes, principalement des développeurs, des marketeurs, des designers mais aussi des utilisateurs, des juristes et toutes les autres fonctions de l’entreprise. »


Loi El Khomri :
la location évolutive, un des maillons de la chaîne

L'aspect purement matériel, lui aussi, ne doit être en aucun éclipsé. Pour Franck La Pinta, la culture des usages et de la formation ont tendance à minorer l'importance des équipements. « La digitalisation des entreprises, ce sont aussi de nouveaux équipements. Cela veut dire que ce sont des investissement lourds pour les sociétés. Cela change les façons de travailler de façon profonde. »

Comment s'adapter à ces nouveaux usages et faire face au challenge financier que représente la refonte complète ou partielle de son parc matériel ?

Pour la gestion du parc de matériel technologique, il peut être intéressant de recourir à la location évolutive

 

Pour David Fayon, la location financière évolutive peut constituer un des maillons de la chaîne de la digitalisation des entreprises. « Pour la gestion du parc de matériel technologique, il peut être intéressant pour une entreprise de recourir à de la location évolutive qui permet de changer d’équipement plus rapidement et de se focaliser plus sur sa valeur ajoutée plutôt que de mobiliser des ressources pour la gestion de ce parc ».

Voir notre infographie :
5 bonnes raisons de louer son matériel informatique. 

 

Une solution financière qui semble également bien adaptée à la transformation technologique de par sa capacité à lutter efficacement contre l'obsolescence des matériels. Et reste une option bien ancrée dans le BtoB. Pour ce qui est du BtoC, le discours ancré dans le moindre intérêt pour la propriété convainc, lui, nettement moins les spécialistes, dont Franck La Pinta : « En matière de BtoC, le discours de l'usage par rapport à la propriété a tendance à minorer l'aspect purement économique, souvent la principale raison des ménages d'opter pour la location. Pour le BtoB c'est effectivement la tendance car les entreprises n'ont pas forcément envie d'immobiliser un capital trop important ». La location évolutive reste donc un acteur incontournable des processus de digitalisation des entreprises. Et ce, avec ou sans loi El Khomri.

 

Pour aller plus loin sur le sujet :

L'ouvrage de David Fayon « Transformation digitale: 5 leviers pour l'entreprise »

Son article de blog consacré à la Loi El Khomri et à la digitalisation « Loi travail : des avancées numériques mélangées à des points critiquables »

Le Blog de Franck La Pinta : Transformation digitale des organisations

L'intégralité du projet de loi El Khomri

Notre article : Location évolutive : quels sont les avantages fiscaux et financiers

 

Photo de Myriam El Khomri par Chris93 (Travail personnel) [CC BY-SA 4.0], via Wikimedia Commons

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