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Entretien avec Armand du Chayla, Group CFO – BRITTANY FERRIES

Estimated reading time: 6 minutes

(interview menée par B2BAD pour Realease capital, Janvier 2026)

Directeur Financier du Groupe Brittany Ferries, compagnie maritime assurant le transport de passagers et de fret entre la France, le Royaume-Uni, l’Irlande et l’Espagne, Armand du Chayla livre ici son analyse des enseignements du post-Covid et des leviers de pilotage du cash dans un environnement économique durablement contraint. Son regard fait écho aux constats de l’étude publiée par Realease capital sur la préservation de la trésorerie face à la transformation des modèles économiques.

« La dette Covid impose aujourd’hui une discipline d’investissement beaucoup plus exigeante »

Realease capital : La période post-Covid est marquée par une hausse des défaillances et un climat économique anxiogène. Comment analysez-vous cette situation du point de vue d’une direction financière ?

Armand du Chayla : La crise Covid a eu un effet paradoxal. Elle a permis de sauver de nombreuses entreprises grâce à des dispositifs exceptionnels, mais elle a aussi généré une dette importante, souvent qualifiée de “non productive”. Après la reprise, l’activité n’a pas toujours retrouvé ses niveaux d’avant-crise, alors même que le remboursement de cette dette s’est imposé progressivement. Tous les secteurs ne disposent pas de la même capacité d’absorption. Cela crée aujourd’hui des situations très contrastées, mais globalement une pression accrue sur la trésorerie.

Dans des secteurs comme le maritime, cette pression est amplifiée par le renchérissement structurel des coûts et le durcissement des normes, notamment environnementales. Il faut donc gérer simultanément l’héritage du passé et les investissements nécessaires pour rester conforme et compétitif.

« La question n’est plus d’investir, mais de savoir précisément où et pourquoi on engage son cash »

Realease capital : Cette situation a-t-elle modifié la manière dont les directions financières abordent l’investissement ?

Armand du Chayla : Très clairement. Nous sommes entrés dans une phase de priorisation extrêmement exigeante. La période Covid a freiné les investissements, tout en alourdissant la dette. Aujourd’hui, la génération de cash est en grande partie absorbée par le remboursement de cette dette, ce qui rend chaque décision d’investissement beaucoup plus structurante. La logique n’est plus d’investir, mais de choisir précisément où l’on investit. Chaque euro engagé doit démontrer un impact clair, que ce soit sur la performance opérationnelle, la croissance ou, à terme, la trésorerie.

Realease capital : Quels sont aujourd’hui les principaux leviers mobilisables pour protéger le cash des entreprises ?

Armand du Chayla : Les leviers de gestion du besoin en fonds de roulement restent fondamentaux. Le crédit interentreprises demeure la première source de financement de l’économie française. Lorsqu’il se dégrade, les effets sont immédiats et souvent en cascade. Dans ce contexte, certains outils ont gagné en maturité et en légitimité. Le factoring, par exemple, n’est plus perçu comme un signe de fragilité, mais comme un outil de gestion saine du BFR. Les banques, de leur côté, jouent un rôle clé, à condition que l’entreprise soit capable d’expliquer sa trajectoire, ses arbitrages et sa capacité à traverser des périodes plus complexes.

Realease capital : Cette relation avec les partenaires financiers est-elle devenue plus stratégique ?

Armand du Chayla : Oui, plus que jamais. La transparence et la qualité du dialogue sont essentielles. Une entreprise peut traverser des phases difficiles, cela fait partie de la vie économique. Ce qui est déterminant, c’est la capacité à démontrer une vision, une cohérence et une maîtrise de ses risques. C’est valable pour les banques, mais aussi pour les assureurs-crédit, dont le rôle est central dans la fluidité du crédit interentreprises.

« La location d’actifs est un choix financier structurant, pas une décision opérationnelle »

Realease capital : Quelle place occupe aujourd’hui la location d’actifs dans cette stratégie de préservation du cash ?

Armand du Chayla : Le recours à la location financière n’est pas une décision opérationnelle : c’est avant tout un choix financier, qui s’inscrit dans une réflexion globale d’allocation des ressources au niveau du Groupe.

En amont, les équipes métiers définissent le besoin et l’usage de l’actif. Sur cette base, une analyse conjointe est menée avec la Direction Financière afin de déterminer la solution de financement la plus pertinente au regard de la stratégie, de la trajectoire de trésorerie et du profil de risque.

Selon les périodes, un financement sur fonds propres peut s’avérer approprié ; à d’autres moments, le recours à des solutions de financement externes est plus judicieux. Utilisée de manière mesurée et cohérente, la location d’actifs constitue un levier efficace pour accompagner des phases d’investissement ou de transformation.

Dans notre cas, elle a permis de préserver la trésorerie sur des projets structurants, dont les bénéfices se matérialisent progressivement, et d’assurer un lissage entre l’effort d’investissement initial et la montée en charge des revenus associés.

Realease capital : Quel bilan tirez-vous de votre expérience concrète de la location d’actifs ?

Armand du Chayla : Le bilan est globalement positif. Nous avons fait le choix de travailler avec un nombre restreint de partenaires, sur la durée, afin d’instaurer une relation de confiance et une compréhension mutuelle de nos enjeux. Certains projets, notamment digitaux ou liés à des systèmes structurants, se prêtent particulièrement bien à ce type de financement, car ils sont lourds à porter dans leur phase de déploiement.

« Bien utilisée, la location d’actifs permet de lisser l’effort d’investissement et de préserver la trésorerie pendant la phase de montée en charge des projets »

Realease capital : Quels conseils donneriez-vous à une direction financière qui envisage de recourir à la location d’actifs ?

Armand du Chayla : Le premier point est de savoir précisément pourquoi on y a recours. La motivation doit être claire : soulager la trésorerie, accompagner une phase d’investissement, lisser un effort financier. Ensuite, il faut être extrêmement vigilant sur les conditions contractuelles, notamment sur la fin de contrat. Tous les acteurs ne proposent pas les mêmes modèles, et certaines pratiques ont pu, par le passé, ternir l’image du secteur. La transparence est donc essentielle dès le départ.

Enfin, la location d’actifs n’est pas une solution miracle. Elle ne permet pas de compenser des difficultés financières structurelles. C’est un outil de diversification et d’optimisation du financement, qui doit s’inscrire dans une stratégie financière globale et maîtrisée.

Dans un contexte de permacrise, la solidité financière repose moins sur la multiplication des solutions que sur la cohérence des arbitrages. La location d’actifs est un levier efficace lorsqu’elle est utilisée avec discernement, en complément des autres outils de pilotage du cash.

Pour avoir toutes les informations : Les domaines finançables
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