(Interview menée par B2BAD pour Realease capital, Janvier 2026)
Dirigeant de Copilotys, cabinet de conseil financier spécialisé dans l’accompagnement des dirigeants de PME, Cyril Moulin intervient auprès d’entreprises confrontées à des enjeux de trésorerie, de financement et de structuration financière.
Son regard s’appuie sur une pratique quotidienne du terrain et fait écho aux enseignements de l’étude publiée par Realease capital, consacrée aux leviers encore insuffisamment mobilisés pour sécuriser le cash des entreprises, et notamment à la location d’actifs.
‘’ En 2026, les PME qui piloteront leur cash feront la différence ‘’
Realease capital : Notre publication met en évidence une pression croissante sur la trésorerie des entreprises des dernières années. Comment cette situation se traduit-elle concrètement pour les dirigeants de PME que vous côtoyez quotidiennement ?
Cyril Moulin : Les dirigeants de PME évoluent aujourd’hui dans un environnement marqué par une forte incertitude : ralentissement de l’activité dans certains secteurs, hausse durable des coûts de financement, allongement des délais de paiement. Sur le terrain, cela se traduit par une trésorerie plus fragile et, surtout, par une perte de visibilité. Beaucoup peinent à se projeter à court et moyen terme, ce qui complique leurs prises de décision.
Realease capital : Comment ces dirigeants ont-ils intégré cette nouvelle réalité dans leur pilotage ?
Cyril Moulin : La prise de conscience est réelle mais très inégale. La trésorerie est encore trop souvent abordée comme un sujet purement technique ou ponctuel, alors qu’elle devrait être pilotée comme un enjeu stratégique. Dans le contexte actuel, la question n’est plus seulement de savoir si l’entreprise est rentable, mais si elle dispose du cash nécessaire pour absorber les aléas et continuer à investir.
‘‘ Plus que jamais, la trésorerie devient l’indicateur central de la solidité d’une PME ‘’
Realease capital : Quels sont, selon vous, les premiers leviers à activer pour sécuriser la trésorerie d’une PME ?
Cyril Moulin : Le premier levier est l’anticipation. Disposer d’un prévisionnel de trésorerie fiable, a minima à trois mois, est indispensable. Cela permet d’identifier les tensions à venir et d’arbitrer sereinement. Ensuite, il est essentiel de travailler sur les fondamentaux du besoin en fonds de roulement : délais de facturation, encaissements clients, organisation interne. Dans de nombreux cas, des ajustements opérationnels simples peuvent déjà libérer de la trésorerie.
‘’ Avant de chercher des financements, il faut d’abord apprendre à piloter son cash ‘’
Realease capital : Vous parlez d’ajustements mais pensez-vous que les PME exploitent pleinement tous les leviers pour maximiser leur cash ?
Cyril Moulin : Ils s’appuient encore majoritairement sur des leviers traditionnels : emprunt bancaire, lignes de crédit, parfois affacturage. Ces solutions restent utiles mais elles montrent leurs limites dans un contexte de taux plus élevés et de conditions d’accès au crédit plus restrictives. Il devient donc nécessaire d’élargir la réflexion et de raisonner en termes d’allocation des ressources, en évaluant l’impact de chaque solution sur la trésorerie, le bilan et la capacité future d’investissement.
Realease capital : Quelle place la location d’actifs occupe-t-elle dans la panoplie des leviers envisagés par les PME ?
Cyril Moulin : Elle ne leur est pas étrangère mais même si on la retrouve souvent, elle reste encore insuffisamment intégrée dans une stratégie globale de pilotage financier. Et elle est généralement utilisée de manière opportuniste, sans toujours mesurer son potentiel stratégique. Pourtant, elle présente des avantages clairs, en permettant par exemple de préserver la trésorerie, d’éviter des décaissements importants ou encore de conserver sa capacité d’endettement pour des investissements réellement structurants.
Préserver la trésorerie à court terme est parfois nécessaire, mais cela ne doit jamais se faire au prix d’une rigidité structurelle que l’entreprise ne serait pas capable d’absorber demain.
‘’ La location d’actifs est un levier incontournable de gestion du cash des PME ‘’
Enfin, incontournable ne veut pas dire systématique : la location est certes un des leviers pertinents pour accélérer et préserver son cash, mais dans certaines configurations, elle peut au contraire fragiliser l’entreprise.
Realease capital : À quelles conditions la location d’actifs devient-elle un levier réellement efficace pour une PME ?
Cyril Moulin : Elle doit s’inscrire dans une réflexion cohérente. Il faut tenir compte de la nature de l’actif, de sa durée d’utilisation, de son caractère stratégique et de la structure financière globale de l’entreprise.
La location est particulièrement pertinente pour des équipements à renouvellement rapide ou non stratégiques, mais elle suppose une vigilance sur l’accumulation de charges fixes. Comme tout levier financier, elle doit être utilisée avec discernement.
Il peut m’arriver aussi de déconseiller parfois la location, lorsque l’entreprise cumule déjà des charges fixes élevées ou affiche un manque de résilience trop marqué.
Realease capital : Quel message souhaiteriez-vous adresser aux dirigeants de PME confrontés à ces tensions de trésorerie et à ce contexte d’incertitudes économiques ?
Cyril Moulin : Le premier message est simple : ne pas rester seul. Les décisions financières sont devenues plus complexes et plus structurantes qu’auparavant. Se faire accompagner permet de sécuriser ses choix et de gagner en sérénité.
Le second est d’oser revisiter ses pratiques. Les solutions qui fonctionnaient hier ne sont pas toujours adaptées au contexte actuel. Intégrer de nouveaux leviers, comme la location d’actifs, est souvent une condition pour préserver durablement sa trésorerie et sa capacité de développement, mais à condition de les inscrire dans une réflexion globale et cohérente avec la stratégie de l’entreprise, et non de les activer par réflexe ou par défaut.
La clé n’est pas de multiplier les solutions, mais de faire les bons arbitrages, au bon moment, avec une vision claire de leurs impacts sur le cash, le bilan et sur la capacité d’investissement à moyen terme.
La bonne question n’est jamais « quel est le meilleur financement », mais « quel financement est compatible avec la trajectoire réelle de l’entreprise et sa capacité à encaisser les aléas ».
Les PME qui tireront leur épingle du jeu en 2026 seront celles qui sauront transformer la gestion de leur trésorerie en un véritable outil de pilotage stratégique, en combinant anticipation, discipline financière et usage raisonné de leviers comme la location d’actifs. Non plus pour subir les crises, mais pour rester capables d’investir et de se projeter.
A propos de COPILOTYS – copilotys.fr
COPILOTYS accompagne des dirigeants de PME confrontés à une visibilité imparfaite sur les mois à venir, nécessitant des décisions financières structurantes.
Investir, financer, recruter, préserver la trésorerie : l’enjeu n’est pas seulement l’impact immédiat, mais surtout les conséquences de ces choix dans le temps.
COPILOTYS intervient comme DAF externalisé pour éclairer ces arbitrages et sécuriser la trajectoire de l’entreprise.