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À l’occasion du Forum LABO Lyon 2026, les 10 et 11 mars prochains, Shimadzu France présentera ses solutions d’instrumentation scientifique. Filiale du groupe japonais Shimadzu Corporation fondé il y a plus de 150 ans à Kyoto, l’entreprise développe des instruments afin d’analyser et de quantifier atomes, molécules ou encore des protéines, mais aussi de caractériser les propriétés physiques de la matière (masse, résistance à la traction ou à la torsion, fatigue…)
Présente auprès des laboratoires de recherche publics, des industriels, et du secteur de la santé et de l’environnement, la filiale française s’appuie également sur un partenariat avec Realease capital pour accompagner le financement de ces technologies.
Entretien avec Marc Fernandez, Directeur Général de Shimadzu France.
1. Realease capital : Shimadzu fête plus de 150 ans d’existence. Qu’est-ce qui fait, selon vous, la singularité de l’entreprise depuis sa création ?
Marc Fernandez : La première singularité, vue de l’extérieur, c’est que nous sommes japonais. Dans le domaine de l’instrumentation scientifique, ce n’est pas si fréquent. Or, pour beaucoup de clients, “japonais” est immédiatement associé à la qualité, à la rigueur, à une manière particulière de concevoir l’ingénierie et le travail.
En interne, la singularité tient aussi à notre origine entrepreneuriale. L’entreprise a été fondée par Genzo Shimadzu en 1875, au moment où le Japon sortait de son isolement et entrait dans l’ère Meiji. Le pays se modernisait, construisait des universités, développait l’industrie. Shimadzu est née dans ce contexte, avec l’ambition de fabriquer des instruments scientifiques pour accompagner cette modernisation.
Cette culture entrepreneuriale est toujours très présente : Shimadzu encourage chacun, dans l’entreprise, à agir avec une forme d’esprit d’initiative, que ce soit dans la conquête de nouveaux marchés ou dans le développement de nouvelles solutions analytiques.
2. Realease capital : Comment cet héritage historique se traduit-il concrètement dans les équipements que vous développez aujourd’hui ?
Marc Fernandez : Nos racines japonaises sont très fortes. Le siège du groupe est à Kyoto, ancienne capitale impériale, réputée pour son artisanat. Cette culture artisanale imprègne encore notre manière de fabriquer.
Concrètement, chaque instrument est assemblé par une personne qui le signe. C’est son œuvre. Cela peut sembler symbolique, mais cela traduit une philosophie : remettre l’humain au centre, même dans un univers industriel.
Cette approche se retrouve dans la fiabilité de nos équipements. Dans des secteurs comme le contrôle qualité industriel, si l’appareil tombe en panne, la production est bloquée. La robustesse n’est pas un argument marketing, c’est une nécessité économique. Et c’est probablement cette exigence héritée de notre culture artisanale qui nourrit notre image de fiabilité.
3. Realease capital : Quels sont les nouveaux équipements ou innovations récentes dont vous êtes particulièrement fier ?
Marc Fernandez : Nous venons de lancer une extension de gamme en chromatographie ionique, très utilisée dans les analyses environnementales. Cette technique permet notamment de séparer et de mesurer des ions (comme les nitrates, sulfates ou fluorures) présents dans des échantillons liquides. C’est un domaine stratégique, notamment pour le contrôle de la qualité de l’eau. Nous sommes aussi très actifs dans le domaine de l’analyse des PFAS avec des instruments développés spécifiquement pour ce marché.
Nous avons également développé une caméra ultra-rapide capable de capturer 20 millions d’images par seconde. Elle permet d’analyser des phénomènes extrêmement rapides, comme des explosions ou la rupture de matériaux.
En spectrométrie de masse, technique qui permet d’identifier et de quantifier des molécules en mesurant leur masse et leur structure chimique, nous travaillons de plus en plus par application. Les instruments se spécialisent : ils sont conçus pour répondre à des problématiques scientifiques très précises.
« L’innovation naît souvent d’un dialogue direct avec les chercheurs. »
Nous recevons des demandes de scientifiques à travers le monde, y compris en Europe, où nous disposons d’un réseau de centres d’innovation et travaillons avec des chercheurs de haut niveau sur des projets conjoints. Un scientifique vient avec une question : “Je voudrais mesurer cela (pour démontrer ma théorie et faire avancer la science).” Nous adaptons un instrument existant ou développons un nouvel outil, en vue de proposer une solution analytique répondant directement à la problématique.
Certaines innovations, comme la caméra ultra-rapide, sont issues de ces échanges. Nous travaillons par exemple actuellement sur une horloge atomique encore plus précise : lorsqu’on la rapproche du sol ou qu’on la déplace d’un mètre, elle permet déjà d’observer les effets de la relativité générale d’Einstein, montrant que le temps ne s’écoule pas exactement de la même manière.
4. Realease capital : Vos équipements sont utilisés dans des industries très différentes. Comment parvenez-vous à concevoir des solutions adaptées à des usages si variés ?
Marc Fernandez : Le matériel de base (le hardware) est souvent identique. Ce qui change, ce sont les méthodes d’analyse, les configurations et le traitement de données.
En France, par exemple, nous avons des équipes d’ingénieurs applicatifs qui font le lien entre la machine et le besoin du client. L’analyse scientifique est un processus complexe : prélèvement, préparation d’échantillons, analyse, interprétation des données.
Nous intervenons sur l’ensemble de cette chaîne. Nous considérons que si le résultat n’est pas satisfaisant, ce n’est pas uniquement le problème du client : c’est le nôtre. Nous ne proposons pas seulement des instruments, mais surtout des résultats
5. Realease capital : Vous avez organisé des événements comme le Shimadzu Xperience Tour, où les utilisateurs peuvent tester vos équipements. Comment cette démarche s’inscrit-elle dans votre relation client ?
Marc Fernandez : La proximité avec les scientifiques est essentielle. Nous organisons ces événements région par région en France pour présenter nos gammes, partager des connaissances et recueillir les besoins des utilisateurs.
Contrairement à certains modèles très uniformisés, notamment américains, nous adaptons notre approche localement. Il n’y a pas de marketing standardisé mondial. Chez Shimadzu, chaque filiale développe ses propres initiatives en fonction de la culture et des attentes locales.
Ces rencontres sont précieuses, car la science fonctionne par échange d’idées. C’est en discutant avec les scientifiques que nous faisons évoluer nos solutions.
6. Realease capital : Comment accompagnez-vous les utilisateurs face à des technologies de plus en plus sophistiquées ?
Marc Fernandez : L’analyse chimique ou physique ne se limite pas à appuyer sur un bouton. Le résultat dépend de plusieurs étapes. Si un résultat n’est pas conforme à ce qu’attend le scientifique, la question se pose : est-ce un problème technique ? Ou la théorie est-elle à revoir ?
Nous restons partenaires du client dans cette démarche. Nous proposons formation, accompagnement technique, assistance méthodologique. Nous assumons conjointement la responsabilité du résultat final.
« Le modèle traditionnel d’achat en capital atteint ses limites. »
7. Realease capital : Dans un contexte de contraintes budgétaires fortes, comment aider vos clients à accéder à des équipements de pointe ?
Marc Fernandez : La situation budgétaire en France a un impact direct sur nos activités, notamment avec les hôpitaux et les organismes publics de recherche.
Le modèle traditionnel d’achat en capital (investissement initial lourd) atteint ses limites. Nous voyons émerger des modèles de paiement à l’usage. Plutôt que d’acheter un appareil, le client peut payer à l’analyse, un peu comme on paie une photocopieuse à la feuille.
Ce modèle se développe particulièrement dans le diagnostic clinique, à savoir les analyses biologiques. Il permet aux établissements de lisser leurs dépenses et d’éviter des investissements initiaux massifs.
8. Realease capital : Quels défis communs observez-vous aujourd’hui chez vos clients, qu’ils soient dans la santé, l’industrie ou l’environnement ?
Marc Fernandez : Le premier défi est l’automatisation pour rendre des résultats plus sûrs et plus rapides. Moins de risques d’erreurs dans la manipulation, la préparation des échantillons, et une aide à l’interprétation sont les clés permettant aux laboratoires d’être fiables dans le rendu de leurs résultats.
Le second enjeu est la productivité. Les utilisateurs veulent lancer des séries d’analyses et pouvoir faire autre chose pendant que l’appareil fonctionne, y compris à distance. Shimadzu a aussi travaillé de manière privilégiée sur l’optimisation du temps d’utilisation des instruments avec des outils d’Intelligence Analytique embarqués capables de prévenir les problèmes, prédire les temps d’analyse, les optimiser et de diminuer les consommations électriques des systèmes hors analyses.
Enfin, il y a la gestion des données. Certains instruments produisent des volumes considérables d’informations. Nous intégrons désormais des couches d’intelligence artificielle pour détecter les anomalies, poursuivre les analyses en cas de problème mineur et faciliter l’interprétation des résultats.
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