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Data centers : surchauffe énergétique et chaleur à valoriser

Temps de lecture estimé : 8 minutes

Piliers invisibles du cloud et de l’intelligence artificielle, lesdata centers concentrent aujourd’hui de lourds enjeux énergétiques et environnementaux. Leur développement rapide pose une question clé : comment limiter leur impact tout en valorisant la chaleur qu’ils produisent en continu ?

À mesure que le cloud, l’intelligence artificielle et les usages numériques s’imposent dans tous les pans de la société, une infrastructure longtemps invisible devient centrale : les data centers. Ces centres de données, où sont stockées et traitées les informations numériques, concentrent aujourd’hui une part croissante des débats publics, entre impératifs de souveraineté numérique, explosion des besoins énergétiques et inquiétudes environnementales. Chaque jour, près de cinq milliards d’humains utilisent Internet pendant plusieurs heures : derrière cette apparente immatérialité se cache un coût énergétique massif, mais aussi des arbitrages encore largement ouverts.

1. Des infrastructures clés du cloud et de l’IA, au cœur de la transition numérique

Un data center est un bâtiment abritant des serveurs informatiques conçus pour fonctionner en continu. Selon l’Agence de la transition écologique (ademe), ces installations doivent répondre à trois exigences majeures : résilience, sécurité physique et performance énergétique. Sans data centers, pas de cloud : ils constituent l’outil matériel indispensable à l’hébergement à distance des données, des applications et des calculs accessibles partout via Internet.

Deux grandes catégories coexistent : les centres d’exploitation, utilisés par des entreprises ou des administrations pour leurs propres besoins, et les centres d’infrastructure ou de colocation, opérés par les grands acteurs du cloud et du numérique.

L’essor de l’intelligence artificielle change d’échelle. Les modèles d’IA mobilisent d’immenses capacités de calcul, nécessitant toujours plus de serveurs. Lors du Sommet de l’IA en février 2025, Emmanuel Macron a ainsi annoncé 109 milliards d’euros d’investissements en France, notamment pour l’implantation de nouveaux data centers, misant sur une électricité nucléaire décarbonée et pilotable.

Mais cette ambition technologique se heurte à une difficulté majeure : l’opacité du secteur. Selon l’Ademe, l’impact réel de l’IA générative reste difficile à mesurer, les données étant encore plus fragmentaires que pour le numérique « classique ». L’agence estime toutefois qu’environ 3,3 TWh d’électricité seraient déjà consommés par des data centers dédiés à l’IA générative pour des usages français, en grande partie hors du territoire national.

2. Une empreinte environnementale lourde… et paradoxale

Selon l’Ademe et l’Autorité de régulation des communications (Arcep), les data centers représentent 46 % de l’empreinte carbone du numérique, lequel pèse 4,4 % de l’empreinte carbone nationale. En 2024, les 352 data centers actifs en France ont consommé près de 10 TWh d’électricité, soit l’équivalent de la consommation annuelle d’environ 12 millions de foyers.

Mais ce chiffre n’intègre pas la consommation dite “importée”, liée à l’usage par les Français de data centers situés à l’étranger. Celle-ci représenterait près de 14 TWh supplémentaires en 2024, soit l’équivalent de la production annuelle d’une centrale nucléaire comme Flamanville.

Mais là où l’Ademe tire véritablement la sonnette d’alarme, c’est sur les trajectoires futures.
Sans inflexion,
la consommation électrique des data centers pourrait être multipliée par 3,7 d’ici 2035 sur le territoire français, et par 4,4 en tenant compte des usages externalisés.

Les émissions de gaz à effet de serre suivraient la même dynamique : multipliées par 3,2 d’ici 2035, puis par 7,6 à l’horizon 2050, atteignant plus de 55 Mt CO₂e (des niveaux comparables aux émissions annuelles actuelles de pays entiers). Une trajectoire jugée par l’Ademe incompatible avec l’Accord de Paris  et menaçant la tenue des engagements environnementaux de la France.

À ces enjeux globaux s’ajoutent des impacts locaux : consommation d’eau pour le refroidissement des serveurs (critique en période de stress hydrique), îlots de chaleur, nuisances sonores, risques industriels (groupes électrogènes, fluides de refroidissement, batteries classées ICPE). L’agence souligne en outre une concentration territoriale exceptionnelle : l’Île-de-France accueille 42 % des data centers actifs et concentre près de 70 % de la consommation électrique du secteur, posant des problèmes de congestion énergétique, de spécialisation économique et de paysages monofonctionnels à faible densité d’emplois.

3. La chaleur fatale des data centers : un gisement énergétique stratégique

Paradoxe central : ces infrastructures énergivores produisent aussi une grande quantité de chaleur… encore largement rejetée dans l’atmosphère. La chaleur fatale, ou chaleur de récupération, désigne une chaleur produite par une activité dont ce n’est pas l’objet premier et qui n’est pas valorisée. Selon le Cerema, elle peut provenir de sites industriels, de bâtiments tertiaires ou des data centers eux-mêmes. Dès 2015, l’Ademe estimait qu’environ 3,6 TWh de chaleur fatale étaient rejetés par 177 data centers en France.

Le refroidissement des serveurs représente 30 à 60 % de la consommation électrique totale d’un data center. Or cette énergie peut être récupérée pour couvrir des besoins internes, alimenter des réseaux de chaleur urbains, chauffer d’autres bâtiments, voire produire de l’électricité. À l’étranger, certaines villes ont déjà franchi le pas : en Finlande, la chaleur des datacenters alimentent  le réseau de chauffage urbain des villes qui en possèdent un.

La France commence à s’y intéresser à mesure que les data centers se multiplient.
Avec plus de 260 sites recensés, elle figure désormais parmi les pays les plus équipés au monde. La récupération de chaleur fatale améliore les indicateurs d’efficacité énergétique (ERE), réduit les achats d’énergie externe et renforce les stratégies RSE.

Le cadre réglementaire pousse dans ce sens. La directive européenne sur l’efficacité énergétique impose désormais aux centres les plus énergivores de valoriser leur chaleur fatale. En France, le dispositif éco-énergie tertiaire impose une baisse de 40 % de la consommation électrique des data centers de plus de 1 000 m² d’ici 2030, complété par le fonds chaleur de l’Ademe et les CEE.

Mais l’Ademe tempère : la récupération de chaleur reste une solution d’appoint. Sa faisabilité dépend fortement des contextes locaux et économiques, et elle ne suffira pas à elle seule à stabiliser la croissance des consommations électriques sans politique active de sobriété numérique.

4. Location financière, territoires et choix politiques : une équation décisive

Reste un frein majeur : le financement initial des équipements de récupération de chaleur. C’est sur ce terrain qu’intervient Realease capital, société spécialisée dans la location financière. Consciente des avantages écologiques de la récupération, Realease capital a développé une offre intégrée pour accompagner les data centers dans une démarche d’efficacité énergétique. Cette approche de location financière permet de transformer un investissement lourd en charge maîtrisée, sans immobiliser la trésorerie des exploitants, dans un contexte où 38 % de la chaleur consommée en France devra être d’origine renouvelable ou de récupération d’ici 2030.

En parallèle, la consommation électrique des data centers continue de croître. En 2050, ils pourraient représenter 6 % de la consommation électrique nationale, selon RTE, qui les identifie déjà comme l’un des moteurs majeurs de l’électrification, aux côtés des transports, de l’industrie et de l’hydrogène.

Enfin, la question territoriale et démocratique reste entière. Si Marseille s’impose comme un hub stratégique (point d’arrivée de nombreux câbles sous-marins où opère notamment Digital Realty), le projet de loi de simplification de la vie économique prévoit d’accélérer encore l’implantation de grands data centers via le statut de « projet d’intérêt national majeur ». Une orientation dénoncée par des associations comme La Quadrature du Net, qui y voient une dérégulation et appellent à un moratoire.

Derrière les serveurs et les algorithmes, une question devient centrale : jusqu’où peut-on pousser la course aux data centers sans remettre en cause les engagements climatiques ?
Pour l’Ademe, la réponse passe désormais par un triptyque assumé : sobriété des usages numériques, régulation territoriale et innovations ciblées (dont la récupération de chaleur fatale constitue une brique nécessaire, mais non suffisante).

Pour en savoir plus :

L’Agence de la transition écologique (ademe)
Prospective d’évolution des consommations des data centers à court, moyen et long terme de 2024 à 2060
L’Autorité de régulation des communications (Arcep)
Le Cerema

D’autres articles :

Datacenters : 4 choses à savoir sur la récupération de chaleur fatale

Pour avoir toutes les informations : Les domaines finançables
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