Elodie Vandaele : « Le surendettement peut vite arriver dans le contexte actuel »


Le surendettement

 

Le risque de surendettement plane sur les entreprises. 575 000 sociétés ont eu recours à un prêt garanti par l’État. Résultat : jamais les entreprises n’ont été aussi endettées en France. Selon les derniers chiffres publiées en août dernier par la banque de France, la progression des financements des sociétés non financières s’accélère, à + 13 % sur un an contre + 12 % au mois de mai pour atteindre un encours de 1.866 milliards d’euros. Face aux risques de faillites en série, le Conseil supérieur de l’Ordre des Experts comptables vient de remettre aux pouvoirs publics une liste de 28 propositions  « après-covid », articulées autour de 3 axes : accélérer la transition numérique, adapter la législation du droit du travail, et favoriser le développement des entreprises de proximité.

En attendant les outils d’aide à destination se multiplient,  Elodie Vandaele,  présidente du club des jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes Provence (CJEC Provence) revient sur  le service d’aide mis en place pour les entrepreneurs régionaux et évoque pour REALEASE CAPITAL la situation économique actuelle.

 

REALEASE CAPITAL : Pourquoi les jeunes experts-comptables et commissaires aux comptes de Provence et de Côte d’Azur-Corse ont lancé un service d’aide aux entrepreneurs régionaux sans expert-comptable ?

Elodie Vandaele : Plusieurs dirigeants n’ayant pas d’expert comptable se sont retrouvés déboussolés avec le confinement, les démarches pour obtenir des aides… et m’ont contacté directement. Avec ma consœur Mariem MIMOUNA  nous nous sommes dit qu’il y avait des entrepreneurs sans expert-comptable ayant eux aussi besoin d’aide. Le service a donc été ouvert grâce au bénévolat d’une vingtaine de consœurs et de confères avec le concours du conseil régional de l’ordre des experts-comptables de Provence Alpes Côte d’Azur Corse.

REALEASE CAPITAL : Cette crise économique que nous rencontrons aujourd’hui est-elle semblable à celle de 2008 pour les entreprises ?

Elodie Vandaele : 2008 était une crise économique financière et boursière,  2020 est une crise économique et sociale sans précédent. Le monde s’est mis en pause pendant 2 mois. Les usines, les commerces, les restaurants, les hôtels… tous les métiers non essentiels, qui ne pouvaient pas se poursuivre en télétravail ont été arrêtés.

Les entreprises qui sont restées ouvertes, ont été confrontées à des livraisons non envoyées, des marchandises perdues des interdictions d’accès au chantier… La flambée des coûts de livraison a été significative pour ceux qui ont maintenu l’activité. Tous les jours les dirigeants/managers de toutes activités confondues ont dû s’adapter aux nouvelles du jour pour effectuer une partie du travail, réorganiser et planifier toutes tailles d’entreprises confondues.La crise de 2020, est sans précédent hors temps de guerre.

 

REALEASE CAPITAL : Selon les chiffres avancés par l’ordre des experts comptables, 83 % des clients ont enregistré une baisse de CA en mai contre 85% en avril. Les mesures prises par le gouvernement ont-elles été assez efficaces pour permettre aux entreprises de passer cette zone de turbulences ?

Elodie Vandaele : Les mesures prises par le gouvernement, ont le mérite d’exister. Elles ont permis à une grande majorité d’entreprise de survivre et de passer cette pause.Les délais de mise en application et leurs mises en œuvre ont été pour tous les collaborateurs de cabinets d’expertise comptable et experts-comptables un casse tête voir un enfer (code du chômage partiel jamais arrivé, codes d’axés d’un dossier qui en ouvre un autre…).

Pour demander une aide de 1500€, pour le fonds de solidarité en faveur des entreprises, la DGFIP a publié une FAQ sensée nous aider à compléter le formulaire. Or le FAQ se mettait à jour toutes les 2h, avec des questions-réponses se contredisant. Aujourd’hui il fait 31 pages.

La simplification n’a pas été de mise pour tous les dispositifs ! (PGE, chômage partiel, demande du deuxième volet du fonds de solidarité en faveur des entreprises…).

REALEASE CAPITAL : Laurent BENOUDIZ, président de l’Ordre des experts-comptables de Paris Ile-de-France, auditionné en avril par la Délégation aux entreprises du Sénat a souligné le problème de la dette des entreprises et des dispositifs de soutien qui pourraient paradoxalement les conduire à un surendettement mortifer.  Qu’en pensez vous ?

Elodie Vandaele : Je suis entièrement d’accord avec Laurent BENOUDIZ, il est difficile pour certains secteurs d’activité de prévoir les mois à venir. Les statistiques de chiffre d’affaires des années passées ne sont pas reportables pour l’année 2020, 2021 et pour les années suivantes.Les mesures barrières ne solutionnent pas le maintien de l’activité avant covid-19.

Le chiffre d’affaires non réalisé pendant le confinement, pour les secteurs du HCR, l’évènementiel et du tourisme ne sera pas rattrapé en 2020. Surtout en tenant compte des mesures applicables en septembre.Certaines entreprises s’en sortiront d’autres non.Les charges fixes d’une entreprises varient selon leur secteur mais je peux dire que le plus gros poste de charge reste la rémunération (salarié et dirigeant) et les charges sociales. Derrière ce poste de charge comptable et financier il y a des femmes, des hommes et des foyers qui vivent de ce revenu. Le surendettement peut vite arriver dans le contexte actuel.

REALEASE CAPITAL : Comment prévenir cet endettement ? Quels sont les dispositifs à mettre en place pour éviter que la deuxième vague de cette crise, celle du remboursement, ne fasse couler certaines entreprises. Quels sont les autres outils qui pourraient être mis en place pour aider les chef d’entreprise à remonter la pente ?

Elodie Vandaele : L’ordre des experts-comptables de Provence-Alpes Côte d’Azur – Corse a envoyé un ouvrage de 10 propositions de relance au gouvernement. Ces mesures permettront de limiter le surendettement et de relancer l’économie des TPE/PME.

 

REALEASE CAPITAL : Pourquoi la profession a-t-elle choisi d’accompagner les entreprises pendant la crise sanitaire  ?  Quelles sont les questions que les chefs d’entreprises vous ont le plus posées ? Ce service d’aide est-il toujours actif ?

Elodie Vandaele : La profession est au cœur des entreprises TPE/PME nous sommes le partenaire des dirigeants. Au-delà d’établir les déclarations fiscales et sociales, nous connaissons nos clients, les points faibles, les points forts. Nous les accompagnons divers projets (acquisition, développement, déménagement, recrutement, procédure de sauvegarde…).

C’est tout naturellement que les dirigeants nous appellent quand ils rencontrent des difficultés. De part nos connaissances nous savons quel dispositif est applicable ou non au dirigeant qui s’interroge.

Les questions principalement posées sont sur l’aide de 1500 € et le mécanisme du chômage partiel (comment il se calcule, quand le remboursement va-t’il intervenir). Les dirigeants nous ont aussi beaucoup contacté pour s’assurer qu’ils ont utilisé tous les dispositifs applicables. Aujourd’hui,  le service est toujours actif.

REALEASE CAPITAL : Pensez vous que les experts comptables ont un rôle à jouer dans la reprise ? Lequel ? Qu’est ce que la crise sanitaire a changé dans l’exercice de la profession et dans ses rapports avec ses clients ? 

Elodie Vandaele : Oui tout à fait. Nous connaissons nos clients nous connaissons le secteur, la zone dans lequel nous exerçons. Nous pouvons les accompagner, les aider à trouver des solutions de reprise.Nous nous sommes encore plus rapprochés de nos clients pendant cette crise car nous étions et nous sommes tous dans le même bateau.

Nous sommes également des chefs d’entreprises, nous avons les mêmes problématiques qu’eux. Il a fallu se réadapter à leurs besoins et leurs attentes. Les services de dématérialisation avec la signature électronique, le dépôt des documents en ligne ont été mis en place et accentués pendant cette période. Ces nouveaux services numériques ont renforcé notre relation de proximité et d’acteur incontournable auprès de nos clients. Nous restons à l’affût des textes et des dispositifs qui sortent au compte goutte, nous les tenons informés.

Le plus de REALEASE CAPITAL, société de location financière

En choisissant la location évolutive, les matériels et actifs technologiques loués ne sont pas considérés comme un endettement mais une charge ce qui améliore votre bilan comptable, optimise la dotation en capitaux propres et permet également de libérer des fonds pour d’autres investissements ou besoins à court terme, nécessaires en temps de crise.

Louer votre matériel plutôt que de l’acheter permet aussi de lisser l’investissement réalisé sur plusieurs mois (de 12 à 60 selon les contrats).  Pour Cyril Marlaud, Président de REALEASE CAPITAL, la location financière s’appuie ainsi sur un triptyque générateur de plus-value pour l’entreprise : « préserver sa capacité d’autofinancement, adapter les loyers au budget et maîtriser l’obsolescence de matériels technologiques ».