Réalité augmentée / réalité virtuelle : quels effets réels pour le monde de l’entreprise ?

La réalité augmentée

Après une timide percée dans la sphère domestique, les matériels et applications de réalités augmentée et virtuelle se sont lancés à la conquête du monde de l’entreprise. Santé, automobile, industrie… quels sont les secteurs de prédilection de ces nouvelles technologies ? Dans quels domaines apportent-elles une réelle amélioration des usages? Décryptage.

Avec quels yeux doit-on regarder l’arrivée sur le marché des nombreux modèles de lunettes de réalités immersives ? Chercher à analyser le potentiel de démocratisation des lunettes connectées Google Glass, du casque Hololens de Microsoft ou de l’ Oculus Rift revient à déchiffrer quels bouleversements peut entraîner la réalité augmentée. Dans notre vie personnelle, au quotidien, comme professionnelle.

Pour l’heure, les technologies offrant une expérience de réalité augmentée peinent à se démocratiser. La faute à un prix trop élevé du matériel ou à un manque de côté pratique ?

Applications ludiques : la seule percée de la réalité augmentée auprès du grand public ?

Selon Malik Mallem, professeur de génie informatique et membre du laboratoire IBISC à l’Université d’Evry-Val-d’Essonne : « il ne s’agit pas du coût du matériel, qui a d’ailleurs fortement baissé, mais plutôt de l’aspect logiciel. Les verrous actuels concernent notamment la détection, la reconnaissance et le suivi en temps réel de l’objet d’intérêt dans le flux réel observé par l’utilisateur. Ces verrous étant un prérequis pour réaliser les augmentations visuelles ‘‘in situ’’. »

Pourtant, l’énorme buzz du jeu Pokemon Go, parfait exemple d’utilisation ludique et plutôt addictive de la réalité augmentée, donnerait presque l’illusion que cette technologie a de beaux jours devant elle, y compris dans la sphère privée. Mais le succès planétaire de cette application de divertissement aurait également tendance à définir la réalité augmentée comme un simple gadget de plus, dans un quotidien déjà ultra connecté. De plus, « l’application Pokemon Go ne montre pas les contraintes fortes de précision, de robustesse et de temps réel qu’exige une application professionnelle », précise M. Mallem.

L’e-santé : fer de lance des réalités virtuelle et augmentée ?

Or, c’est au marché de l’entreprise que s’attaquent désormais les réalités immersives. Et dans la sphère professionnelle, le secteur de la santé se positionne comme l’un des fers de lance de ces innovations. L’e-santé semble en effet très réceptive à l’apport de certains matériels d’entreprise, tels que les lunettes de réalité augmentée. En témoigne cette application de téléassistance destinée aux chirurgiens juniors, développée conjointement par l’entreprise Thales et le CHU de Nice, et présentée ici lors de l’Université d’été de 2016 :

En temps réel, le chirurgien en herbe se voit offrir un accompagnement téléguidé par ses mentors. Une manière efficace de rompre les barrières géographiques. Ainsi, un chirurgien français basé à l’autre bout du monde peut dès lors épauler, à distance, un jeune confrère en pleine opération à Nice.

L’innovation ne s’arrête pas là, puisqu’en matière d’e-santé, de nombreuses applications portent déjà leurs fruits grâce à la réalité virtuelle. Contrairement à la réalité augmentée, qui insère aux images réelles des éléments virtuels ou des informations, en 2D ou 3D, la réalité virtuelle consiste à transporter visuellement l’utilisateur dans un univers créé de toute pièce. La réussite de la société C2Care est une preuve que les réalités immersives et l’e-santé font bon ménage. Au début de l’été dernier, cette start-up toulonnaise a commercialisé un casque de réalité virtuelle visant à accompagner les professionnels dans le traitement des phobies et autres addictions.

Au-delà des moments cocasses que ces lunettes offrent aux animateurs vedettes (vidéo ci-dessous), ce matériel semble avoir déjà conquis son cœur de cible, à savoir les « psys ». Selon un article des Echos, en janvier 2017, C2Care comptait déjà « 200 clients, dont 80 % de psychologues et psychiatres libéraux ».

Réalité augmentée : d’autres secteurs en devenir

Dans quels autres secteurs d’activités réalité augmentée et réalité virtuelle peuvent-elles  développer des applications concrètes et utiles ? « La réalité augmentée est possible dans des configurations maîtrisées. Elle s’applique pleinement dès lors que l’augmentation se base sur un objet d’intérêt, connu, structuré et se trouvant dans un environnement à éclairage contrôlé avec un contenu existant » poursuit M. Mallem.

Comment fonctionne la réalité augmentée - The Conversation

L’article de Malik Mallem à lire en intégralité sur le site de The Conversation ici.

Concrètement, ces situations optimales se retrouvent, par exemple,  avec « une maquette architecturale, ou un modèle numérique d’un véhicule ou d’un patient ». L’architecture ou encore les ateliers automobiles figureraient donc parmi les bénéficiaires potentiels de ces matériels de réalité augmentée ou virtuelle. Ainsi, la marque BMW, pionnière en la matière, envisageait dès 2009 d’équiper ses mécaniciens en lunettes de réalité augmentée. L’autre gros constructeur allemand, Volkswagen, n’a pas tardé à imiter son concurrent, tel que le signale dans cet article Challenges, Eric Bergerolle, journaliste spécialiste de l’automobile.

Certains matériels et applications doivent-ils pour autant être réservés aux professionnels, au moins dans un premier temps ? S’il semble qu’actuellement, les réalités immersives soient mises au service des travailleurs de l’industrie automobile, des architectes, ou encore des personnels soignants, il est possible d’imaginer qu’elles puissent également, à terme, contribuer à rendre obsolètes un bon nombre de métiers. Du plombier à l’ingénieur informaticien, en passant par le mécanicien automobile, c’est une légion de professionnels qualifiés dont l’utilisateur pourrait, un jour, se passer.

Les années à venir seront peut-être celles d’une démocratisation de ce type d’assistance, visant par exemple, à faciliter la vie de millions de bricoleurs en herbe, pilotés à distance par un proche bienveillant. Restera à trouver l’équilibre entre les bénéfices de ces avancées technologiques et la situation de millions de professionnels.

À consulter également sur notre blog « Entreprises : Comment éviter l’uberisation ? »